Published On: dim, mai 13th, 2018

Il était une fois Isaac Hamou à El Jadida

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 Par Mustapha Jmahri (écrivain)—bv

Isaac Hamou était considéré comme une des personnalités les plus riches de la ville d’El Jadida au temps du Protectorat. Il était, entre autres, représentant de la compagnie maritime espagnole José Cubéro. Grand propriétaire terrien, il avait construit plusieurs villas dans le quartier qui portait son nom. Sur une carte ancienne de la ville, datant des débuts du Protectorat, un douar Issac Hamou était signalé du côté de l’actuelle avenue Moulay Abdelhafid. Aujourd’hui encore une rue porte le nom de Isaac Hamou. Ce dernier, étant probablement décédé à El Jadida dans les années 1950, nous avons demandé à Elie Acoca, ancien jdidi, de nous révéler les souvenirs qu’il a gardés de cette personnalité. Voici son témoignage :

« J’ai connu Monsieur et Madame Isaac Hamou dans les années 1945 à 1950. C’était, déjà à l’époque, un couple d’un certain âge, posé et discret. Isaac Hamou avait peut-être la soixantaine, une belle prestance, une allure digne avec toujours une canne à la main, marque de modernité occidentale et de bourgeoisie. Quant à mon souvenir de sa femme, elle était presque son opposé, du moins au niveau vestimentaire : elle était moins grande, mince et habillée de sombre.

Dans ma jeunesse, nous partions en promenade avec mon père vers un grand terrain parcouru par des moutons, en face des maisons Hamou car il en avait plusieurs. C’est de là d’ailleurs que vient la dénomination avenue Hamou. L’on retrouve dans les anciennes cartes postales françaises : avenue Amou. Ces maisons se situaient à droite du château Buisson ou château rouge ; alignées jusqu’à la conduite des eaux usées dans l’océan. Dans l’ordre, il y’avait d’abord la maison de ma grand-tante, Lalla Saba et son mari, Yamin Bensimon, puis celle du couple Hamou, suivie de cinq autres maisons jusqu’au bord de l’eau. Devant chaque maison se trouvait un tabouret fait d’une vertèbre de baleine. Ces vertèbres de baleine utilisées comme tabourets pour s’asseoir m’intriguaient. Quant à la dernière maison à droite, elle était occupée par la famille Meyer Abergel, important négociant en céréales, avec une nombreuse et intéressante famille.

Avec mon père, nous nous attardions avec M. Hamou, assis devant sa maison. Les deux hommes évoquaient leurs voyages et le temps passé. Mme Hamou m’offrait souvent, avec beaucoup de gentillesse, un gâteau, un biscuit et de la limonade. Le couple avait eu un fils unique, Joseph, né vers 1925. A l’issue de l’adolescence, il s’était lié d’amitié avec un jeune voisin, Jean Cottel. Ce dernier s’adonnait à la boisson et vendait tout ce qu’il pouvait sortir de leur maison pour satisfaire sa soif. Joseph a partagé avec lui cette malheureuse addiction pendant quelques années, à la grande peine de ses parents. Quelques années plus tard, Joseph s’est ressaisi, au point de trouver un travail, de déménager à Rabat où il se maria et fonda un foyer.

A travers ce souvenir, je voulais rendre hommage et justice à la mémoire d’une personnalité généreuse et de grande qualité, qui a marqué son temps. J’ai quitté notre ville El Jadida en 1955 pour suivre mes études à Toulouse. De ce fait, je ne rendais plus visite au couple Hamou et je crois pouvoir dire que Isaac Hamou est probablement décédé avant 1960 ».

 

jmahrim@yahoo.fr

 

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